Trois tenues incas : le Sapa Inca, une femme noble et un paysan à Cusco
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Vêtements incas : comment s’habillait-on dans l’Empire, du Sapa Inca au paysan ?

Dans l’Empire inca, on pouvait lire une personne de loin, rien qu’à ses vêtements. Sa tunique disait son rang. Son couvre-chef disait de quel peuple elle venait. La finesse de son tissu disait si elle travaillait la terre ou si elle servait le fils du Soleil. Les Espagnols, arrivés en 1532, cherchaient de l’or ; ils mirent du temps à comprendre que, pour les Incas, le tissu comptait autant que le métal précieux, et parfois davantage.

Alors, comment s’habillaient les Incas ? Que portait le Sapa Inca, que portait la Coya, que portait le paysan de l’Altiplano ? Les Incas portaient-ils des pantalons, des ponchos, des chullos ? Voici la tenue inca, de la base au sommet de la pyramide sociale, avec ce que l’on sait, ce que racontent les chroniqueurs… et ce qui reste encore un mystère.

Pour comprendre qui se trouvait à chaque étage de cette pyramide, vous pouvez lire d’abord notre article sur la hiérarchie inca et la pyramide sociale de l’Empire.

La tenue de base : ce que portaient tous les Incas

Première surprise : du souverain au simple paysan, tout le monde portait les mêmes types de vêtements. Ce qui changeait, ce n’était pas la forme, mais la matière, la finesse du tissage, les couleurs et les motifs. Un unku de paysan et un unku d’empereur avaient la même coupe ; ils n’avaient simplement rien d’autre en commun.

La tenue des hommes

  • Le pagne (wara) : le premier vêtement de l’homme, reçu à l’adolescence lors d’un rite de passage (nous y reviendrons).
  • L’unku (ou uncu) : une tunique sans manches qui descendait à peu près jusqu’aux genoux. Elle était tissée d’une seule pièce rectangulaire, avec une fente au milieu pour la tête, puis pliée en deux et cousue sur les côtés en laissant la place des bras. Pas de coupe, pas de patron : le vêtement sortait du métier à tisser presque terminé.
  • La yacolla : une grande cape rectangulaire posée sur les épaules et nouée devant, indispensable dans le froid des hautes terres.
  • La chuspa : un petit sac porté en bandoulière, où l’on gardait les feuilles de coca.
  • Les usutas : des sandales en cuir ou en fibres végétales.
  • Le llautu : un bandeau tressé enroulé autour de la tête, que portaient les hommes incas de Cusco.

Et non : les Incas ne portaient pas de pantalon. Les jambes restaient nues sous l’unku. Le pantalon arrivera avec les Espagnols.

La tenue des femmes

  • L’acsu (ou anaku) : une grande pièce de tissu enroulée autour du corps, des aisselles jusqu’aux chevilles, et fixée sur les épaules.
  • Le chumpi : une large ceinture tissée qui serrait l’acsu à la taille.
  • La lliclla : une mante rectangulaire posée sur les épaules.
  • Le tupu : la grande épingle, souvent terminée par un disque, qui fermait la lliclla ou l’acsu. En cuivre ou en bronze pour la plupart des femmes, en argent ou en or pour les femmes de l’élite.
  • Une étoffe pliée sur la tête, que les textes coloniaux appellent ñañaca.

La lliclla et le tupu n’ont d’ailleurs jamais disparu : on les voit encore aujourd’hui dans de nombreuses communautés des Andes péruviennes.

Deux tissus, deux mondes : l’awasqa et le cumbi

Pour comprendre la hiérarchie des vêtements incas, il faut connaître deux mots quechuas.

L’awasqa était le tissu ordinaire, solide, tissé dans chaque foyer. Chaque famille tissait pour elle-même, mais aussi pour l’État : l’administration fournissait la laine des troupeaux impériaux, et les foyers la rendaient transformée en vêtements. C’était une partie de l’impôt en travail, dans un empire qui ne connaissait pas l’argent.

Le cumbi (qompi) était le tissu de luxe : une tapisserie extrêmement serrée, aux couleurs vives, identique des deux côtés. Il était tissé par des spécialistes, les cumbicamayocs, et par les acllas, les « femmes choisies » qui vivaient dans des maisons réservées, les acllahuasi. Le cumbi n’était pas en vente : il appartenait au pouvoir, qui le portait, l’offrait ou le sacrifiait.

Quant aux fibres, elles dépendaient du climat : laine de lama et d’alpaga dans les hautes terres, coton sur la côte chaude, et vigogne pour les tissus les plus fins, réservés au souverain. Les tissus fins mariaient souvent les deux mondes : une chaîne de coton et une trame de laine teinte.

Pour tout savoir sur ces fibres, voir notre article Lama, alpaga, vigogne, guanaco : la grande famille des camélidés andins.

Les couleurs de la tenue inca : d’où venaient-elles ?

Les tissus incas éclataient de couleurs, toutes obtenues à partir de la nature :

  • Le rouge, la couleur la plus prestigieuse, venait de la cochenille, un petit insecte qui vit sur les cactus. Selon la préparation, il donnait du rouge vif, du cramoisi, du rose ou du violet.
  • Le bleu venait de plantes à indigo.
  • Le jaune était tiré de diverses plantes des Andes.
  • Le vert s’obtenait en superposant deux teintures : un bain de bleu puis un bain de jaune.
  • Le blanc, le brun et le noir étaient souvent les couleurs naturelles de la laine des camélidés, et même du coton, qui pousse dans les Andes en plusieurs teintes naturelles.

Que signifiaient ces couleurs ? Le rouge était clairement associé au pouvoir : c’est la couleur de la frange royale, la mascapaycha. Pour le reste, les significations précises que l’on lit parfois (le jaune pour le Soleil, le vert pour la forêt…) relèvent souvent de l’interprétation moderne. Ce qui est certain, c’est que la richesse des couleurs était en elle-même un signe de rang : obtenir un rouge profond ou un bleu intense demandait du temps, des matières rares et un savoir-faire de spécialiste.

Nous avons consacré un article entier à ce sujet : Le Tawantinsuyu et ses couleurs.

Les vêtements incas selon la pyramide sociale

Voici, du sommet à la base, comment la tenue changeait avec le rang.

Rang Tissu Signes distinctifs
Sapa Inca Cumbi de vigogne, le plus fin de l’Empire Tunique couverte de tocapus, mascapaycha rouge, grands disques d’oreilles en or
Coya et femmes de l’élite Cumbi Acsu et lliclla richement décorés, tupus en or ou en argent
Noblesse inca (« orejones ») Cumbi Disques d’oreilles, llautu, tuniques à motifs réservés
Curacas (chefs locaux) Tissu fin, dont du cumbi offert par l’Inca Costume de leur peuple et cadeaux textiles de l’Empire
Runas (le peuple) Awasqa en laine de lama ou d’alpaga, coton sur la côte Couvre-chef propre à leur peuple

Le Sapa Inca : une tenue qui tenait du sacré

Le Sapa Inca, « l’unique Inca », était considéré comme le fils du Soleil. Sa tenue devait le montrer. Elle se composait des mêmes pièces que celle de ses sujets, mais chacune était portée à son plus haut degré de perfection.

La tunique royale, couverte de tocapus. Les tocapus sont de petits carrés tissés, chacun rempli d’un motif géométrique. Sur une tunique de noble, on en trouvait quelques-uns, en bande à la taille ou autour du col. Sur la tunique du souverain, ils couvraient tout le vêtement, comme un damier de centaines de petits tableaux différents. Les dessins des chroniqueurs de l’époque coloniale ne montrent que les empereurs incas vêtus de ce type de tunique entièrement couverte de tocapus.

Un seul exemplaire de ce type est parvenu jusqu’à nous : la tunique dite « de Dumbarton Oaks », conservée à Washington, datée entre 1450 et 1540 environ. On la considère souvent comme le seul objet royal inca, tous matériaux confondus, qui ait survécu. En la regardant de près, on découvre :

  • Environ 300 petits carrés, avec une variété de motifs qu’aucune autre tunique connue n’égale.
  • Des lignes en escalier, des zigzags, des formes ondulées, des carrés ponctués de points, parfois reliés entre eux par des diagonales. Certains chercheurs rapprochent ces vagues et ces points de l’eau, des rivières ou des terres cultivées ; ce sont des pistes, pas des traductions.
  • Le motif de la « clé inca » (llave inca), une forme géométrique emboîtée qu’on retrouve sur d’autres tuniques officielles.
  • De minuscules tuniques à damier noir et blanc, tissées à l’intérieur de certains carrés. Or le damier noir et blanc est le motif de tuniques que les spécialistes associent aux soldats de l’Empire. L’historien de l’art Andrew Hamilton y voit un message : autour du souverain, l’armée n’était jamais loin.
  • Une finesse vertigineuse : une chaîne en coton non teint et une trame en fibre de camélidé si serrée qu’on compte environ cent fils par centimètre.
  • Des couleurs vives, où dominent les rouges de la cochenille, avec du jaune, du bleu, du vert, du blanc et du noir. La tunique royale n’était pas blanche : elle était un feu d’artifice de couleurs maîtrisées.

Qui l’a portée ? Nous ne le savons pas. Selon le musée, elle a pu appartenir au souverain lui-même. Andrew Hamilton pense plutôt qu’elle est restée inachevée pendant la guerre civile entre Huáscar et Atahualpa, juste avant la conquête, puis qu’elle a été portée après, peut-être par un membre de la famille royale. Le débat reste ouvert.

La mascapaycha, couronne de laine. Le véritable insigne du pouvoir n’était pas une couronne d’or, mais une frange de laine rouge (on écrit aussi mascapaicha) qui pendait sur le front du souverain. Elle était fixée au llautu, le bandeau tressé enroulé autour de la tête, et, selon les chroniqueurs, surmontée de plumes d’un oiseau rare, le corequenque. Recevoir la mascapaycha, c’était devenir Inca.

Les grands disques d’oreilles. Le souverain portait dans les lobes des oreilles de grands ornements en or, parmi les plus grands de l’Empire.

La cape, les sandales, le sac. Par-dessus la tunique, une yacolla du tissu le plus fin ; aux pieds, des usutas ; à l’épaule, une chuspa de cumbi.

Des vêtements portés une seule fois ? Le conquistador Pedro Pizarro, qui vit Atahualpa captif à Cajamarca, raconte que tout ce que l’Inca avait porté ou touché était gardé dans des coffres, puis brûlé. Rien de ce qui avait été en contact avec le fils du Soleil ne devait passer entre d’autres mains. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles presque aucun vêtement royal n’a survécu.

Pour aller plus loin sur la tenue du souverain et la vigogne, lire Les vêtements du Sapa Inca : quand la vigogne habillait les dieux vivants.

La Coya et les femmes de l’élite

La Coya, épouse principale du Sapa Inca, et les femmes de la noblesse portaient la même tenue que toutes les femmes de l’Empire : acsu, chumpi, lliclla et tupu. Mais tout était en cumbi, avec des bandes de motifs tissés, et leurs tupus étaient en or ou en argent. Les dessins du chroniqueur Guaman Poma de Ayala montrent les Coyas enveloppées dans leur lliclla, entourées de suivantes. Il faut cependant rester prudent : on connaît beaucoup moins de vêtements féminins incas que de tuniques masculines.

Voir aussi Les femmes de l’empire inca : reines, prêtresses et tisseuses sacrées.

La noblesse inca : les « orejones »

Une noble inca et un orejón en tenue de cumbi, avec disques d'oreilles et tupu en or

 

Les Espagnols surnommèrent les nobles incas « orejones », les « grandes oreilles ». Leurs lobes, percés à l’adolescence, étaient progressivement élargis pour recevoir de grands disques d’or, d’argent ou d’autres matières. Plus le disque était grand et précieux, plus le rang était élevé. Ces nobles portaient le llautu et des tuniques de cumbi, parfois ornées d’une bande de tocapus à la taille.

Les tuniques de l’élite et des serviteurs de l’État suivaient des modèles très codifiés. L’archéologue John Rowe a montré que plusieurs dessins revenaient à l’identique d’une tunique à l’autre, comme des uniformes : le damier noir et blanc avec un empiècement rouge en V autour du col, le motif de la clé inca, ou encore une ceinture de losanges. Qui portait quel modèle exactement reste en partie débattu, mais l’idée d’un habillement standardisé, reconnaissable d’un bout à l’autre de l’Empire, est solidement établie.

Les curacas : entre leur peuple et l’Empire

Les curacas, chefs des peuples intégrés à l’Empire, gardaient le costume de leur propre peuple. Mais ils recevaient aussi de l’Inca des vêtements fins, offerts lors de cérémonies. Un tel cadeau n’était pas anodin : il liait le curaca au souverain par une dette d’honneur et de loyauté. Porter la tunique offerte par l’Inca, c’était afficher son alliance avec Cusco.

Les runas : le peuple de l’Empire

Une famille de paysans incas en tenue d'awasqa, tissant sur un métier à la ceinture

 

Les runas, les gens du peuple, formaient l’immense base de la pyramide : paysans, bergers, pêcheurs. Leur tenue était la tenue de base, en awasqa : laine de lama ou d’alpaga dans les hautes terres, coton sur la côte. Les couleurs étaient plus simples, les motifs plus rares, mais le tissage restait soigné : dans les Andes, chaque famille savait filer et tisser.

Le cumbi leur était interdit, sauf s’il avait été offert par le pouvoir. Les chroniqueurs rapportent que ces règles étaient strictement surveillées.

Le couvre-chef, une carte d’identité

C’est l’un des détails les plus étonnants de la tenue inca. Selon les chroniqueurs, dont Pedro Cieza de León et Bernabé Cobo, chaque peuple de l’Empire devait conserver sa propre coiffure : bandeau, bonnet, turban, tresses… Il était interdit d’en changer. Cieza de León décrit par exemple les Collas, peuple des bords du lac Titicaca, avec leurs bonnets de laine.

Pour un empire de plusieurs millions d’habitants et de dizaines de peuples, c’était un moyen simple et efficace de savoir, au premier regard, d’où venait chacun. Le couvre-chef était, en quelque sorte, la carte d’identité de l’Empire.

Les vêtements de la vie : les rites de passage

Le vêtement marquait aussi les étapes de la vie.

À Cusco, lors de la grande fête de Capac Raymi, en décembre, les jeunes garçons de la noblesse vivaient le huarachicuy : un ensemble d’épreuves et de cérémonies au terme duquel ils recevaient leur premier pagne, la wara, qui a donné son nom au rite. C’est à cette période que leurs oreilles étaient percées. Ils entraient alors dans le monde des adultes.

Pour les jeunes filles, le quicuchicuy marquait le passage à l’âge adulte : après quelques jours de jeûne, la jeune fille était lavée, coiffée et vêtue de nouveaux vêtements, et recevait parfois un nouveau nom.

Le tissu, richesse de l’État

Dans un empire sans monnaie, le tissu jouait un rôle que nous avons du mal à imaginer.

  • Il était stocké : les qollqas, les entrepôts d’État alignés à flanc de montagne, contenaient des milliers de vêtements, à côté du maïs et des pommes de terre séchées.
  • Il habillait l’armée : les soldats recevaient leurs tuniques des entrepôts de l’Empire.
  • Il récompensait : l’Inca offrait des vêtements fins aux curacas, aux guerriers méritants, aux alliés.
  • Il était sacrifié : les plus beaux tissus de cumbi étaient brûlés en offrande au Soleil, Inti.

L’anthropologue John Murra l’a résumé dans une étude célèbre : dans l’État inca, le tissu servait à la fois de vêtement, de salaire, de cadeau politique et d’offrande religieuse. Rien d’étonnant à ce que les Incas l’aient parfois placé au-dessus de l’or.

Le grand mystère des tocapus

Revenons à ces petits carrés qui couvrent la tunique royale. Que veulent-ils dire ? Personne ne le sait vraiment.

Dans les années 1960, la chercheuse Victoria de la Jara a proposé d’y voir une écriture, chaque motif correspondant à un son ou à une idée. D’autres chercheurs y voient plutôt une sorte de blason, lié aux lignées royales, aux peuples ou aux territoires de l’Empire. D’autres encore insistent sur leur rôle politique : en portant sur lui la plus grande variété possible de motifs, le souverain montrait qu’il réunissait toute la diversité de son empire.

Aucune de ces hypothèses n’a été démontrée. Comme le résume l’archéologue Peter Eeckhout, plusieurs interprétations ont été proposées, mais aucune n’est convaincante à ce jour. Les tocapus restent l’une des grandes énigmes de la civilisation inca, au même titre que les quipus.

Sur les quipus et les symboles andins : Symboles sacrés andins : Pachamama, Illapa, Chacana et Quipu.

Attention aux idées reçues

Quand on imagine un Inca, on pense souvent au poncho et au bonnet péruvien. Pourtant :

  • Le chullo, le bonnet à oreillettes tricoté, n’est pas inca sous la forme que nous connaissons. Le tricot aux aiguilles est une technique arrivée avec les Européens. Les Andins portaient bien des bonnets avant la conquête, mais fabriqués autrement.
  • Le poncho tel qu’on le connaît aujourd’hui, une pièce ouverte sur les côtés, s’est répandu dans les Andes surtout après la conquête. Le vêtement inca, c’était l’unku, cousu sur les côtés. Les origines exactes du poncho restent discutées.
  • Une grande partie du costume traditionnel andin actuel (la pollera, la jupe ample à plusieurs épaisseurs, ou certains chapeaux) s’inspire des vêtements paysans espagnols. On relie souvent cette évolution aux réformes du vice-roi Francisco de Toledo, dans les années 1570. Puis, après la grande révolte de Túpac Amaru II (1780-1781), les autorités espagnoles interdirent les vêtements « à l’inca », jugés trop liés à la mémoire de l’Empire.

Cela ne rend pas le poncho ou le chullo moins andins : ils sont le fruit de cinq siècles d’histoire, et les artisans d’aujourd’hui y tissent encore des motifs hérités des temps anciens. Mais ce ne sont pas des vêtements incas au sens strict.

Et aujourd’hui ? Ce qui a survécu

Malgré la conquête et les interdictions, une grande partie de l’art textile inca a traversé les siècles. Les descendants de la noblesse inca ont continué à porter des tuniques à tocapus pendant toute l’époque coloniale, jusqu’au XVIIIᵉ siècle. Et dans les communautés andines, on retrouve encore la lliclla, le tupu, le chumpi, le métier à tisser à la ceinture, les teintures naturelles et bien des motifs géométriques.

Chez Pérou Store, nous travaillons directement avec des artisans péruviens qui perpétuent ces savoir-faire. Nos ponchos, nos pièces en laine d’alpaga et nos tissages et mantas ne sont pas des costumes d’époque : ce sont les héritiers vivants de cette longue histoire textile.

FAQ : les vêtements incas

Comment s’habillaient les Incas ?

Les hommes portaient un pagne, une tunique sans manches appelée unku, une cape (yacolla), un petit sac à coca et des sandales. Les femmes portaient une grande pièce de tissu enroulée autour du corps (acsu), une ceinture (chumpi) et une mante (lliclla) fermée par une grande épingle (tupu). La forme était la même pour tous ; la matière, les couleurs et les motifs changeaient selon le rang.

Que portait l’empereur inca ?

Le Sapa Inca portait une tunique en tissu très fin, entièrement couverte de petits carrés à motifs appelés tocapus, une cape, une frange de laine rouge sur le front (la mascapaycha, insigne du pouvoir) et de grands disques d’or aux oreilles. Selon le chroniqueur Pedro Pizarro, ce qu’il avait porté était ensuite brûlé.

Les Incas portaient-ils des pantalons ?

Non. Les hommes incas portaient un pagne et une tunique qui descendait vers les genoux, les jambes restant nues. Le pantalon est arrivé avec les Espagnols.

Qu’est-ce qu’un unku ?

L’unku (ou uncu) est la tunique masculine inca : une pièce rectangulaire tissée d’un seul tenant, pliée en deux, cousue sur les côtés, avec une fente pour la tête. Tous les hommes en portaient, du paysan à l’empereur.

Le chullo est-il un bonnet inca ?

Pas sous sa forme actuelle. Le chullo tricoté à oreillettes est apparu après la conquête, car le tricot aux aiguilles est une technique européenne. Les Andins portaient toutefois des bonnets avant l’arrivée des Espagnols.

Que sont les tocapus ?

Les tocapus sont de petits carrés tissés, remplis de motifs géométriques, réservés aux vêtements de l’élite inca. Leur signification reste inconnue : écriture, blasons ou symboles politiques, aucune hypothèse n’a été démontrée.

Sources : Bernabé Cobo, Histoire du Nouveau Monde (1653) ; Pedro Cieza de León, Chronique du Pérou (1553) ; Pedro Pizarro, Relation de la découverte et de la conquête du Pérou (1571) ; Felipe Guaman Poma de Ayala, Nueva corónica y buen gobierno (vers 1615) ; John V. Murra, « Cloth and Its Functions in the Inca State » (1962) ; John H. Rowe, « Standardization in Inca Tapestry Tunics » (1979) ; Andrew James Hamilton, The Royal Inca Tunic (2024) ; Peter Eeckhout, « Los tocapus reales en Guamán Poma : ¿una heráldica incaica? » ; Dumbarton Oaks Research Library and Collection, fiche de l’« All T’oqapu Tunic ».

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